SUR
LA ROUTE
De Palmas Sur
scène, les chansons de Gérald de Palmas sont dans leur
élément. Après 3 albums studio, la parution d’un
double live n’en était que plus justifiée. Témoignage
d’une tournée marathon, « Live 2002 » rassemble
tous les tubes et célèbre la sensibilité de son
groove rock.
¤ La scène a-t-elle été toujours pour
vous une évidence ?
Au début, c’était plutôt un cauchemar. J’avais
beaucoup plus l’expérience des studios que des concerts.
J’ai suivi une formation accélérée à
l’époque de mon premier album. Je me suis beaucoup produit,
j’aimais être sur scène mais je ne contrôlais
pas ce qui se passait. Ma voix n’était pas bien placée,
je subissais, ça en devenait éprouvant.
¤ Qu’est-ce qui a changé depuis ?
Avant la dernière tournée, j’ai pris des cours de
chant pour mieux placer ma voix et gagner en endurance. Cela m’a
permis de prendre du recul et de m’améliorer plus rapidement.
Au bout d’une vingtaine de concerts, j’avais fait plus de
progrès qu’au cours des 250 précédents.
¤ Quelle est la recette d’un bon concert ?
Pas tant la musique que ce que tu dégages, ce que tu vas communiquer.
J’essaie d’être à l’écoute du
public entre les morceaux et pendant les improvisations. C’est
une question de rythme. Un concert peut s’écrire comme
un scénario.
¤ Quel plaisir particulier prenez-vous à être
sur les planches ?
Ce petit coup d’adrénaline, juste avant de monter sur scène,
n’a pas d’équivalent. Une tournée, c’est
aussi une vie de bohème, de balades avec ses potes. Tu vis complètement
décalé, loin des problèmes du quotidien. En même
temps, il faut être super vigilant, ne pas perdre le sens des
réalités. Le plaisir de la scène, c’est aussi
celui de rencontrer son public, de se sentir aimé. Même
si j’ai un caractère peu démonstratif, l’ego
est forcément flatté. Depuis tout gamin, j’ai toujours
eu envie de plaire. D’abord en faisant l’imbécile
en classe, puis, à 13 ans, en prenant une guitare.
¤ Lorsque vous êtes en train de composer vos chansons,
vous imaginez-vous à quoi elles pourraient ressembler en concert
?
Non, elles doivent tenir debout toutes seules, sans l’aide d’arrangements,
cela facilite leur adaptation. Pendant longtemps j’ai cru devoir
optimiser
chaque moment d’une chanson, les couplets comme les refrains.
Aujourd’hui, je sais que pour l’équilibre général
du morceau, il vaut mieux que celui-ci ait des hauts et des bas. Une
partie plus faible donnera, par exemple, un effet de dynamique.
¤ Des modèles vous ont-ils servi à déterminer
votre style ?
C’est avant tout parce que je suis fan que je fais de la musique,
que je trouve l’inspiration. Le ska a été ma première
passion. Depuis cette époque, j’ai le goût des vrais
instruments, j’aime la chaleur des vieux claviers. Je suis tout
sauf un puriste. Je ne me suis jamais intéressé à
des artistes qui se revendiquaient comme tels. J’adore, par exemple,
les premiers albums de Robert Palmer dans lesquels il mélange
un peu de rock, de pop, de vieux rythm’n’blues et de funk
façon Nouvelle Orléans. A mes débuts, j’écrivais
en anglais, jusqu’à ce que je comprenne qu’un texte
écrit en français pouvait posséder un impact bien
plus fort. Il fallait trouver un équilibre entre ma langue natale
et le rythme de la musique que j’aimais. Le morceau « Sur
la
route » est sans doute le premier qui m’ait vraiment donné
satisfaction. A l’origine, le refrain était d’ailleurs
en anglais : « I was on the road every nignt and day… »
¤ Y a-t-il des chanteurs français qui vous ont inspire?
Francis Cabrel a une rythmique bien à lui, pareil pour Maxime
Le Forestier. J’avais aussi beaucoup apprécié pour
cela le premier album de Juan Rozoff.
¤ Jean-Jacques Goldman ?
La force de Jean-Jacques, ce dont je cherche à m’inspirer,
c’est son efficacité, l’harmonie intérieure
de ses morceaux, la clarté de ses textes et sa façon de
percer l’identité des gens pour lesquels il écrit.
¤ Vous venez vous-même d’écrire plusieurs
chansons – dont « Marie » - pour le nouvel album de
Johnny Hallyday. Comment s’est passées cette rencontre
?
C’était riche artistiquement et plus encore humainement.
La première fois, il est très intimidant. Son regard,
son attitude…On a plus l’impression d’être en
face d’un félin que d’un homme. Lui-même d’ailleurs
est très timide. A notre premier rendez-vous, nous avons dû
attendre un quart d’heure avant de lâcher un mot. Il n’est
pas différent de l’image qu’on donne de lui. En fait,
on est même un peu en-dessous de la vérité. Johnny
ne se pose pas de questions, il est tout le temps à fond et possède
une sensibilité à fleur de peau.
¤ Qu’est-ce qui vous a le plus impressionné dans
son talent d’interprète ?
La puissance de sa voix, la constance de chaque note. Sa façon
de s’investir totalement dans une chanson. Son timbre possède
un spectre super large. Incroyable pour un mec qui fume 3 paquets par
jour !
¤ Jean-Jacques Goldman, qui a déjà écrit
pour Johnny, vous a-t-il donné des conseils ?
Après l’échec de mon deuxième album, j’étais
au fond du trou, un vrai légume. Le coup de main que m’a
alors filé Jean-Jacques a eu de vraies vertus thérapeutiques.
Plutôt de vampiriser les gens avec qui il collabore, Goldman donne
les outils pour qu’on finisse par se débrouiller par soi-même.
Quand on m’a demandé de travailler pour Johnny, je pensais
ne pas avoir le temps d’écrire les textes. J’ai demandé
de l’aide à Jean-Jacques. Il m’a répondu :
Non, t’es guéri ? Bouge-toi le cul, tu peux le faire !
». Cela dit, je n’aurai jamais sa faculté de caméléon.
J’ai un style personnel qui ne peut pas s’appliquer à
n’importe quel interprète.
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