| Il
est difficile dans la chanson française de faire suite à
un gros succès commercial. C’est un peu le cas de Gérald
de Palmas qui réapparait avec « Marcher dans le sable »
aux sonorités plus acoustiques et mélancoliques. C’est
lors d’une courte journée promo à Marseille que ce
personnage vraiment gentil et avec la tête sur les épaules
nous explique la génèse de cet album ¤ Ton premier album a eu le succès qu’on connaît et le deuxième est passé plus inaperçu… Carrément inaperçu même. Quand le premier a bien marché, je tenais absolument à faire mieux. C’était une telle obsession que c’est devenu malsain. J’ai finalement fait un album avec moins de fond et plus de forme. Je me suis un peu paumé. On s’est beaucoup amusé en studio, on en a foutu de partout et en fin de compte, les guitares folk n’existaient plus. En même temps, je pense que dans ce métier, tu n’apprends qu’en faisant des albums. Tu peux passer des heures à travailler chez toi, ça ne change pas grand chose. Le seul moyen d’apprendre, c’est la pression, les budgets serrés et les embrouilles dans le studio. Il fallait que j’essaie. Je me suis planté et aujourd’hui je reviens. Le problème c’est que le marché du disque ne te permet pas trop ce genre de choses. Je me suis fait une bonne frayeur. ¤ Mais ça vient de l’album ou parce que les gens n’y ont pas cru ? Il y a 3 trucs. Je voulais faire trop différent. Ma vie avait changé et je ne suis pas partie en tournée pour défendre l’album. La troisième choses c’est que le personnel de la maison de disques avait changé. Ce n’étaient plus les mêmes personnes. Ca ne passait pas trop entre nous et ils n’ont pas cherché à soutenir le projet. Quand tu réunis ces 3 paramètres, il y a de fortes chances d’aboutir à un échec. ¤ Et comment situes-tu ce nouvel album ? Je ne sais pas trop. Ce que je sais, c’est qu’après le deuxième, j’ai passé 2ans et demi ou 3ans sans être capable d’écrire la moindre chose et je ne parle pas des textes mais juste la musique. Tout ce que je composais, je le trouvais nul à chier. Tout ça jusqu’au jour où je suis allé voir Jean-Jacques Goldman qui m’a fait ce morceau. Ca a été un déclic car je me suis dit que si ce type hyper connu acceptait de travailler avec moi, mes chansons n’étaient peut-être pas si nulles. C’est vraiment un déclic de gamin mais ça a marché pour moi. Après, il m’a fallu 6 mois pour composer tout le reste. Pour le style musical, je me suis basé sur le premier, c’est à dire juste une guitare et la voix. ¤ quand on analyse les textes, c’est pas très gai… Non. C’est assez mélancolique. Parfois c’est optimiste même si le texte est noir. Il y a souvent une histoire de relations entre 2 personnes. Ce n’est pas que j’ai vécu tout cela, heureusement, mais cela peut arriver à tout le monde et il y a toujours des craintes. Il y a des textes qui se basent sur des gens que j’ai rencontrés. Certains misent tout sur leur boulot et leur réussite et annihilent complètement le côté humain de leur vie. La base reste malgré tout les relations. ¤ Tu es né à La Réunion, tu as passé pas mal de temps à Aix. Tu ne regrettes pas le sud ? La Réunion oui car c ‘est là où je suis né. J’ai l’impression d’avoir tout pris de là-bas. Aix, c’est différent. C’était mon adolescence et comme dirait Michel Blanc « je ne souhaiterais pas mon adolescence à mon pire ennemi » (rires). Sans aller jusque là, mon adolescence n’est pas la période de ma vie que j’ai le plus aimée. Comme elle est liée à Aix, je ne regrette pas vraiment la ville. ¤ Tu dis que tu n’es pas un chanteur engagé… Non car je ne maîtrise pas tout ce qui est revendicatif. Peut-être qu’un jour j’y arriverai mais pour l’instant je ne maîtrise pas toute les ficelles. ¤ Si tu devais t’engager, ce serait pour l’environnement ? Entre autres oui. Mais il y a plein de choses. Il y a tout ce qui touche aux enfants particulièrement. Il y a tellement de trucs hallucinants. Mais encore une fois, il faut vraiment maîtriser ces problèmes, ce qui n’est pas mon cas. Je préfère me servir de ce que j’ai au fond de moi. Ca ne veut pas dire que je ne suis pas sensible à ce qui se passe autour de moi, mais si tu t’engages, il faut le faire à fond. Sinon, tu tombes vite dans le côté démago. ¤ Tu penses que c’est la musique ou les textes qui touchent le plus les gens ? C’est difficile à dire. En ce qui me concerne, je suis plus souvent ému par la musique mais quand les gens viennent te voir, ils te parlent plus souvent des textes. Le mieux c’est quand il y a une vraie corrélation entre les 2. Par exemple « sur la route », ce morceau donnait la pêche aux gens. Pourtant les textes n’étaient pas si joyeux. Par contre tous les gens qui sont sur la route comme les représentants ont plus été touchés par les paroles. ¤ Qu’écoutes-tu comme musique actuellement ? J’aime vraiment beaucoup Ben Harper ou les ballades du dernier Red Hot Chili Peppers. Ben Harper s’autorise à jouer des trucs super calmes et intimistes. A l’époque où j’ai sorti « sur la route », c’était la période où il fallait sauter sur scène et faire le spectacle. Je suis content qu’aujourd’hui, les gens arrivent à être émus par un truc plus calme. |