Platine - De Palmas Sur la route du bonheur…
Propos recueillis par Eric Chemouny.

Six ans après le tube «sur la route », suivi d’une traversée du désert, De Palmas apprécie plus que quiconque sa reconquête du succès et l’excellent accueil réservé à son troisième album « marcher dans le sable », sur lequel se sont croisés Goldman et Leforestier. Rencontre décontractée avec un homme heureux qui a appris à savourer les joies simples de l’instant présent…



¤ Dans quel environnement as-tu grandi ?

J’ai grandi à La Réunion, au bord de la mer : je n’ai pas été élevé dans un milieu artistique. Mon père était géomètre. Il travaillait beaucoup et je le voyais peu. Ma mère était professeur de Français. J’avais, certes, un grand-père poète mais il est décédé jeune.



¤ Quel a été ton premier rapport à la musique ?

Quand j’ai eu 10 ans, nous sommes rentrés en métropole et nous nous sommes installés à Aix-en-Provence. Vers 14 ans, j’ai commencé à acheter mes propres disques. Auparavant, j’écoutais ceux de mes parents. A l’époque, j’écoutais beaucoup de ska, notamment les Specials. J’ai commencé à jouer de la guitare, mais éprouvant des difficultés pour composer, je me suis mis à la basse, avant d’y revenir par la suite. J’ai joué dans divers petits groupes locaux. Près de mon lycée, il y avait un magasin de musique et comme j’étais assez copain avec le type qui réparait les guitares, j’ai fini par y passer mes journées, et j’ai loupé mon bac. L’année suivante, au mois de novembre, alors que je doublais ma Terminale, j’ai fait la connaissance en boîte d’Etienne Daho dont la tournée passait à Aix. Il venait de monter sa boîte de prod’ et cherchait de jeunes artistes à signer. Avec Edith et Jean-Louis avec lesquels je jouais, on a hésité avant d’aller le brancher, ne sachant pas lequel de nous trois s’y collerait. Finalement, j’ai dû m’enfiler 2 ou 3 whiskies pour me donner du courage et y aller (rires). Trois mois plus tard, on se retrouvait à Paris. On a enregistré un premier single sous le nom des Max Valentins qui a pas mal marché : « les maux dits »…On a vraiment eu de la chance !



¤ Comment les avais-tu rencontrés ?

Ils étaient un peu plus âgés et jouaient ensemble depuis longtemps. Ils avaient besoin d’un bassiste et avaient entendu parler de moi alors que je jouais dans différents groupes. Comme ils avaient un studio et du matériel, j’ai été tenté par l’expérience. On s’entendait bien humainement mais cela ne faisait guère qu’un an que je jouais avec eux quand le disque est sorti. Peu à peu, j’ai commencé à me rendre compte que musicalement, nous n’étions pas tout à fait en phase et que je n’étais pas vraiment à l’aise…



¤ Vous voyez-vous toujours ?

Malheureusement, non. Notre séparation, sans véritablement jeter un coup de froid, nous a éloignés. Sur le coup, ils n’ont pas très bien compris, d’autant que ça marchait bien pour nous. Mais, je sentais que j’avais besoin d‘apprendre encore. Tout était allé trop vite pour moi. Je n’avais rien compris à ce qui m’arrivait. Nos relations se sont calmées par la suite, mais comme ils sont retournés vivre à Aix pendant un temps, on s’est un peu
perdus de vue. Avec Etienne en revanche, il nous arrive de nous croiser régulièrement.



¤ Qu’est-ce que ça t’inspire quand tu te revois à cette époque ?

C’est drôle. Je me dis : putain, le brushing que j’avais (rire) ! Je n’avais que 19 ans, mais j’en faisais à peine 15.



¤ Que s’est-il passé ensuite pour toi, alors que les Valentins poursuivaient leur carrière en duo ?

J’avais besoin de temporiser et d’apprendre à faire des chansons. Je m’étais fixé trois ou quatre ans de travail d’apprentissage. Malheureusement, ça a duré un peu plus longtemps… Six ans en fait, avant de trouver un « deal » avec une maison de disques. C’est Christophe Leblanc, un jeune stagiaire, qui a retrouvé par hasard une cassette de moi qui traînait au fond d’un tiroir . Il l’a écoutée et a trouvé ça d’enfer. Il a dit chez EMI-Chrysalis : « Voilà ce que j’aimerais signer si vous m’engagiez. Est-ce que ça vous branche ? ». Il a été recruté comme directeur artistique et m’a embauché par la suite.



¤ Pourquoi avoir abandonné ton prénom Gérald sur tes pochettes dès ton premier album « La dernière année » (1994) ?

Je trouve que De Palmas était plus générique et plus joli graphiquement. Et puis, même si j’avais été échaudé par mon expérience de groupe, n’arrivant pas à composer à plusieurs, je voulais intégrer les musiciens au projet, dans un esprit de groupe, ce que ne permettait pas l’association de mon prénom et de mon nom.



¤ De Palmas n’est pas ton vrai nom, je crois…

C’est vrai. C’est celui de ma mère, issue d’une famille réunionnaise de longue date, mais probablement d’origine espagnole. Mon vrai nom est Gardrinier.



¤ Dès ce premier album, j’ai relevé que tu étais ton propre éditeur. C’est rare pour un jeune artiste…

Oui, j’étais plus précisément co-éditeur. Je le dois à Mikaël Sala, mon manager de l’époque, avec lequel j’ai fait mes deux premiers albums, et qui s’est battu pour ça (ndlr : Sala était aussi auteur, batteur, co-réalisateur de cet album). Pour ma part, je ne maîtrisais pas toutes ces questions contractuelles. Je m’y suis intéressé par la suite : d’ailleurs, aujourd’hui, j’ai constitué mon édition.



¤ Comment as-tu vécu le succès du premier single « sur la route » ?

Ce succès s’est installé sur une période assez longue. Ce n’était donc ni impressionnant, ni difficile à vivre au jour le jour.



¤ Et ta Victoire de la Musique de la révélation 1996 ?

C’était Noël ! Ca correspondait à un moment super fort et agréable : pendant toute une semaine, je me suis senti sur un petit nuage…



¤ Tu as dû déchanter quand les extraits suivants de l’album ont moins bien fonctionné…

Non, c’est assez fréquent qu’un seul single fonctionne sur un album. Cela n’a pas empêché le disque de se vendre à 130 000 exemplaires.



¤ La pochette des « Lois de la nature » (1997) te montrant avec un bébé éléphant était plus que curieuse…

Tout était bizarre sur cette pochette (rires). En cherchant des meubles pour réaliser les photos de Serge Guerand, nous étions tombés sur cet éléphant mort empaillé. Je n’aurais pas dû en prendre un mort… Je crois que ça m’a porté la « scoumoune » ! Ca m’apprendra ! (rires)



¤ Après les Native aux chœurs sur le premier album, on entend M aux guitares électriques sur cet opus : fait-il partie de ta famille musicale ?

Je n’ai pas l’impression d’appartenir à une quelconque famille musicale. Je mélange tellement de styles, que j’ai au contraire le sentiment d’être un peu à part, même si cela peut paraître présomptueux. Mathieu est un des musiciens qui m’a le plus impressionné parmi ceux que j’ai pu écouter dans ma carrière. Pour l’anecdote, il a fait la première partie de mes premiers concerts. Je suis très content de ce qui lui arrive aujourd’hui.



¤ On a l’impression qu’il a suscité la naissance d’une « génération M », prônant la fameuse « teen-age attitude »…

C’est possible…Mais c’est un garçon qui sait parfaitement où il va : ce n’est pas un grand enfant comme on pourrait le croire. Nous sommes toujours en contact mais il est de plus en plus occupé par son succès, et moi-même je commence à l’être également.



¤ A quoi attribues-tu l’échec des « Lois de la nature » ?

D’abord je pense avoir pris un virage artistique trop anguleux. J’ai voulu faire mieux et différent du premier album : c’était presque devenu obsessionnel. La forme a pris le dessus sur le fond : les arrangements ont presque primé sur les mélodies. Mathieu a une personnalité tellement riche, de même que le clavier qui nous a rejoints (Peter Gordeno), que nous nous sommes beaucoup amusés. Mais en fait les gens s’attendaient légitimement à retrouver quelque chose de proche de ce qu’ils avaient aimé sur le précédent disque. Ensuite, l’ambiance s’est vite dégradée avec la maison de disques : tout le monde avait changé depuis que j’avais signé.. Alors que je n’en étais qu’à mon deuxième album, j’étais devenu le plus ancien de la boîte y compris le boss ! C’était un peu déstabilisant. On s’est vite embrouillés. Et puis surtout, je me suis marié, et j’ai eu u petit garçon : je n’ai pas pu défendre l ‘album comme j’aurais dû le faire. J’avais d’autres prioités.



¤ Quels enseignements tire-t-on d’un tel échec ?

C’est une expérience, qui pousse à chercher davantage ce qui nous ressemble le plus. Sur « Marcher dans le sable », j’ai essayé d’être plus simple, plus sincère, et musicalement le plus proche possible de ce que je suis humainement, pour essayer de toucher les gens au plus près.



¤ Comment s’est passé le passage chez Polydor pour ce troisième album ?

Il me restait à faire un album chez EMI, mais j’ai réussi à négocier mon départ sans trop de mal, puisqu’on ne s’entendait plus du tout. J’avais un contact chez Universal et chez Sony Music. J’ai finalement choisi Polydor, Jean-Philippe Allard (directeur général) et Chiquito (directeur artistique), avec lesquels je m’entends très bien. Ils sont venus écouter des chansons à la maison et ont bien accroché.



¤ Désormais tu es ton propre producteur (« Sur la route productions ») et tu possèdes ton propre studio d’enregistrement. Qu’est-ce que ça change dans ton rapport au label ?

En fait, les choses viennent de changer récemment. Je suis passé en artiste maison chez Polydor. Je n’ai conservé ma boîte que pour la gestion de mes éditions musicales et pour d’autres productions éventuelles à venir. Je me suis rendu compte que pour être son propre producteur, il faut être très entouré, avoir une grosse structure, ce qui n’est pas mon cas. Au départ, cela me paraissait logique puisque j’avais mon propre studio d’enregistrement. Et puis, un peu bêtement sans doute, je voulais faire comme les grands de ce métier dont c’est le cas : Goldman, Cabrel… Mais j’ai
vite réalisé que je n’avais pas la même vie qu’eux, ni la même équipe autour de moi. Goldman est, depuis toujours, épaulé par son frère JRG, par exemple.



¤ Comment s’est passé la rencontre avec Jean-Jacques justement, qui a signé le texte de « J’en rêve encore » ?

J’avais passé 2 ans et demis à galérer, ayant perdu toute confiance en moi. J’avais réussi à composer quatre ou cinq chansons, mais sans textes. J’avais besoin que quelqu’un m’aide, quelqu’un à qui parler surtout. J’avais tellement besoin d’être rassuré par rapport à ce métier… J’ai trouvé cette personne en Jean-Jacques que je connaissais, et dont j’avais toujours bien aimé la façon de voir son travail. J’ai eu la chance qu’il accepte de faire ce texte. On a beaucoup discuté et il m’a redonné confiance. Le simple fait d’accepter d’écrire pour moi m’a rassuré sur la qualité de mes compositions. Il m’a dit : « L’important, c’est de faire une musique par mois ». Effectivement, on a pas besoin de faire des chansons tous les jours… Une par mois, c’est déjà bien ! Ca a l’air un peu naïf comme ça mais c’est pourtant ce qui s’est passé dans les faits. Il n’a pas cherché à se poser en donneur de leçons. Alors que je n’avais rien fait pendant plus de deux ans, il s’est passé un déclic psychologique en moi et j’ai écrit tout le reste de l’album en cinq mois.



¤ Evoquer ta difficulté à produire est très honnête de ta part, mais aussi à double tranchant à une époque où d’autres, comme Obispo, sortent un album tous les deux ans et trouvent aussi le temps d’écrire des chansons pour des interprètes…

Il n’y a pas de règle. Chez Pascal, le besoin d’écrire en permanence est presque viscéral. Et je reconnais qu’il a fait beaucoup de mélodies imparables. Tout dépend de sa façon de vivre : pour ma part, j’essaie aussi de ménager ma vie privée, de m’occuper de ma femme et de mon fils. Cela prend du temps.



¤ Partages-tu l’avis de Michel Berger qui considérait qu’il suffisait qu’un album contienne deux ou trois titres forts ?

Dans la pratique, il n’avait pas tort. Mais j’ai du mal à me résoudre à agir ainsi. J’ai besoin de croire que chaque chanson est un single potentiel, à une ou deux exceptions près. Je sais en attaquant certaines chansons qu’elles sont plus faibles que les autres. C’est tentant de se limiter à ne soigner que trois ou quatre chansons, sachant qu’il n’y aura pas davantage de singles. Il faut avoir une sacrée assurance…



¤ Quels seront les prochains singles ?Sans doute « Une seule vie », puis peut-être « Tomber ».

Quid de la rencontre avec Le Forestier qui a signé le texte de « Tomber » ?C’est le pur fruit du hasard. Sur la fin de l’album, il me restait une musique sans texte, alors que je devais rendre mon travail à Polydor. Un soir avec Chiquito, nous sommes allés voir Maxime qui mixait son album près de chez moi. Je ne le connaissais pas, et en discutant de choses et d’autres, je lui ai expliquéqu’il me manquait ce texte. Il m’a suggéré de prendre ma guitare, et trois nuits durant, il a écrit « Tomber ». Je l’ai vu ainsi écrire le texte du premier au dernier mot sous mes yeux : c’est rare !



¤ On aurait bien imaginé une collaboration avec Paul Personne, autre artiste Polydor…

Effectivement, mais il devait être pris par une tournée. Et puis, il est tellement réservé… On se connaît bien, et j’ai même acheté une de mes premières guitare sur son conseil. Mais je pense être moins puriste que lui, qui est un authentique chanteur de blues.



¤ Tu as chanté « Sur la route » en duo avec Eddy Mitchell dans Tapis Rouge. Quel souvenir en gardes-tu ?

J’avais l’impression de chanter avec un 747 (rires) ! Je me suis rendu compte de la puissance de sa voix : alors que nous avions le même retour, j’avais du mal à m’entendre ! Impressionnant… J’ai eu le sentiment que lui aussi était très content de chanter cette chanson. C’était super agréable. Quand j’avais 22 ans, alors que j’étais bassiste, j’avais déjà joué pour lui en play-back pour des émissions de télé, mais il ne s’en souvenait pas. Je me rappelle que pendant que je faisais semblant de jouer de la basse, Sinclair faisait semblant de jouer du saxo (rires). C’était rigolo. C’est
l’époque où ayant quitté les Max Valentins et pour gagner un peu d’argent, j’ai aussi joué sur pas mal d’albums : Kent, Véronique Rivière… Véronique est une fille très sympa et une grande mélodiste, capable de chanter sans fausse note une musique, de mémoire et sans accompagnement. C’était une époque géniale : j’ai ainsi rencontré Dominique Blanc-Francard (n.d.l.r : ingénieur du son et compositeur réputé, père de Boom Bass de Cassius, et aussi de Sinclair) que je voyais comme une star.



¤ Comme Goldman ou Cabrel, es-tu davantage sollicité par des interprètes, à présent que tu renoues avec le succès ?

Tout est une question de circonstances. C’est très agréable quand ça arrive de façon impromptue et spontanée. Ceci dit, cela m’est arrivé quand ça n’allait pas très fort. Sylvie Vartan notamment aimait bien ce que je faisais et m’avait contacté. Je l’ai rencontrée, et j’aurais bien aimer donner suite, mais j’étais trop mal : je n’étais même pas en mesure d’écrire pour moi-même…



¤ Tu as la réputation d’être réservé, voire introverti. Appréhendes-tu ton premier Olympia, le 14 mars 2001 ?

Non, pas du tout. La scène a longtemps été une épreuve. Je l’aborde plus sereinement, parce que je m’y suis bien préparé : j’ai conçu les arrangements en fonction de ma voix. Je ne me mets plus en danger vocalement comme sur mes précédents concerts, quand je faisais la première partie d’Obispo par exemple, dans les Zéniths de Province.



¤ L’expérience aidante, as-tu davantage de distance par rapport au succès ?

C’est difficile de prendre de la distance quand on a été dans le trou. Au contraire, je suis les choses de très près et je suis très heureux de ce qui m’arrive…