Ouest france dimanche
Propos recueillis par Philippe RICHARD



¤ Gérald de Palmas est-il un homme sans racines ?

A 37ans, le pâle Réunionnais installé à Paris sort un quatrième album qui l'installe fermement parmis les chanteurs français faits pour durer.



¤ Vous êtes né à la réunion, mais votre père est Breton ?

De Brest, et il a longtemps vécu à St Malo. Il était parti en coopération à la réunion, comme géomètre. Il a rencontré ma mère làbas. Quand j'ai eu 10ans ont a déménagé à Aix en Provence.



¤ De Palmas n'est pas votre nom de baptême ?

C'est le nom de famille maternel. Du coté du père, c'est imprononçable : Gardrinier. Toute ma scolarité, pas un prof n'a réussi à le dire sans l'écorcher. Et puis à la réunion, la famille de Palmas est connue, alors pour les gens, j'était un de Palmas.



¤ Vous êtes vraiment un homme sans racine, comme le dit votre nouvel album ?


Mes racines sont surement à la Réunion. Mais mes souvenirs d'enfance s'estompent. Aix n'a jamais été mon endroit. A Paris j'ai dû déménager 10 fois en 18ans. Toute la famille est éclatée et je ne sais pas trop d'ou je viens. Avec ma femme et mes enfants, on a du mal à trouver un endroit fixe. Il est peut être difficile de construire ses propres racines quand on n'a pas de base, d'endroits où se ressourcer. Mais choisir le nom pour l'album, c'est également esthétique. C'est le titre de chanson qui sonnait le mieux. Je ne vais pas chercher trop loin (sourire).



¤ Quand vous avez quitté Aix pour Paris, à 19ans, vous étiez le bassiste des Max Valentins qui venaient de sortir un premier single. C'est étrange, non ?

Malgrès ma timidité, c'est moi qui avait abordé Etienne Daho dans une boite d'Aix. C'est grace à lui qu'on a sorti ce disque. Mais je n'étais que le bassiste. J'ai passé mon adolescence à jouer de la musique avec passion et à ne rien foutre à l'école, mais je ne savais pas écrire de chanson, je chantais mal. J'en avais marre de cet état de médiocrité. J'ai eu besoin de jusqu'au boutisme. Je suis allé à paris pour m'enfermer et travailler. Mais je ne savais pas que si j'arrivais sans Etienne Daho, les maisons de disques seraient beaucoup moins interessées et que ça prendrait 7 ans pour signer.



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Votre premier album (La derniere année, en 1995) a été un succés. Le deuxième (Les lois de la nature) a fait un flop.

C'était une période bizarre. J'avais eu un premier enfant et j'ai voulu me mettre dans un costume d'adulte responsable qui ne me conveint pas vraiment. Maintenant, j'essaie d'agir avec une autorité suffisante pour que mon fils ne me prenne pas pour un adolescent éternel, mais je ne peux pas être totalement sérieux.

¤ C'est Goldman qui vous a remis sur la bonne piste pour le troisième album (Marcher dans le sable) ?

J'étais paumé, je n'arrivais pas à écrire, et je rencontrais régulièrement jean-Jacques aux Enfoirés ou dans d'autres occasions. Il avait plutôt de l'affection pour moi, et il était d'un contact apaisant. Il me fallait effectivement un texte (la chanson titre) mais surtout quelqu'un qui me rassure pour mettre la machine en route.



¤ On vous compare souvent à lui.
On écrit tous les deux des textes assez faciles à décrypter, qui fonctionnent à la première lecture. Je ne suis pas vraiment un littéraire. J'ai assez de vocabulaire pour m'en sortir avec des textes pas trop niais, mais je ne suis pas passionné par le style. Je crois avoir trouvé un univers musical qui m'est propre.



¤ Vous avez fait une longue pause avant d'écrire cet album.

j'ai dû laisser revenir l'envie. Quand j'écris une chanson, il faut que je sois entièrement disponible. Il n'y a pas de fenètre dans la pièce où je compose. Pour me mettre en condition, je pense à des souvenirs d'enfance ou d'adolescence. Aux premières émotions fortes de ma vie. Ca me met dans un état d'hypersensibilité. Tout le cheminement consiste à enlever le blindage, gratter au fond. Ce n'est pas le truc le plus facile. J'essaie que ce soit le moins cérébral possible, que ça vienne du ventre.



¤ Votre disque joue sur un registre plus intimiste.

J'essaie de simplifier mais il y a toujours des trucs qui trainent partout parceque j'aime bien bidouiller. Je me met minable quand je fais un album. J'essaie que ça ne devienne pas clinique, mais je suis perfectionniste. Je suis partagé entre l'envie d'épurer et les arrangements compliqués à la Robert Palmer.



¤ C'est votre grande référence.

Avec Stevie Wonder, Cat Stevens et d'autres. J'aime bien le coté blanc qui chante dans un registre un peu soul et j'adore mélanger les styles dans le même morceau.



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Vos chansons expriment une légère mélancolie. Un peu dépressif, mais pas trop. C'est votre marque.

Je suis né comme ça. Et puis, la Réunion a un coté mélancolique. A 17h, le soleil tombe comme une pierre et il s'installe une espèce de gros blues. Il n'y a pas le coté festif des Antilles. Oui, en fait, je dois vraiment être de là bas.



Sur la route toute la sainte journée
La clé du succés de De Palmas auprès de la fraction féminine de son public réside surement dans ses textes. Les hommes qu'il met en scène sont emplis de doute (Elle habite ici,Faire semblant), ténébreux et timides (Elle danse seule), pleins de compassions pour les filles mal accompagnées (Faire semblant), amoureux transis (Plus d'importance, Dans la cours). Mais surement pas arrogant et machos. Ses mélodies menées par la guitare acoustique sont enrobée d'arrangements flatteurs pour l'oreille mais point trop envahissants, et sa voix aux intonations de soulman blanc sait toucher à l'intime comme au refrain épique. Surement pas révolutionnaire en soi - il y a même un certain conservatisme dans sa manière - mais sa griffe est reconnaissable. De Palmas prend la route fin Janvier, en compagnie des musiciens qui l'avaient déjà suivi.