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Gérald de Palmas est-il un homme sans racines ?
A 37ans, le pâle Réunionnais installé à
Paris sort un quatrième album qui l'installe fermement parmis
les chanteurs français faits pour durer.
¤ Vous êtes né à la réunion, mais
votre père est Breton ?
De Brest, et il a longtemps vécu à St Malo. Il était
parti en coopération à la réunion, comme géomètre.
Il a rencontré ma mère làbas. Quand j'ai eu 10ans
ont a déménagé à Aix en Provence.
¤ De Palmas n'est pas votre nom de baptême ?
C'est le nom de famille maternel. Du coté du père, c'est
imprononçable : Gardrinier. Toute ma scolarité, pas un
prof n'a réussi à le dire sans l'écorcher. Et puis
à la réunion, la famille de Palmas est connue, alors pour
les gens, j'était un de Palmas.
¤ Vous êtes vraiment un homme sans racine, comme le dit
votre nouvel album ?
Mes racines sont surement à la Réunion. Mais mes souvenirs
d'enfance s'estompent. Aix n'a jamais été mon endroit.
A Paris j'ai dû déménager 10 fois en 18ans. Toute
la famille est éclatée et je ne sais pas trop d'ou je
viens. Avec ma femme et mes enfants, on a du mal à trouver un
endroit fixe. Il est peut être difficile de construire ses propres
racines quand on n'a pas de base, d'endroits où se ressourcer.
Mais choisir le nom pour l'album, c'est également esthétique.
C'est le titre de chanson qui sonnait le mieux. Je ne vais pas chercher
trop loin (sourire).
¤ Quand vous avez quitté Aix pour Paris, à 19ans,
vous étiez le bassiste des Max Valentins qui venaient de sortir
un premier single. C'est étrange, non ?
Malgrès ma timidité, c'est moi qui avait abordé
Etienne Daho dans une boite d'Aix. C'est grace à lui qu'on a
sorti ce disque. Mais je n'étais que le bassiste. J'ai passé
mon adolescence à jouer de la musique avec passion et à
ne rien foutre à l'école, mais je ne savais pas écrire
de chanson, je chantais mal. J'en avais marre de cet état de
médiocrité. J'ai eu besoin de jusqu'au boutisme. Je suis
allé à paris pour m'enfermer et travailler. Mais je ne
savais pas que si j'arrivais sans Etienne Daho, les maisons de disques
seraient beaucoup moins interessées et que ça prendrait
7 ans pour signer.
¤ Votre
premier album (La derniere année, en 1995) a été
un succés. Le deuxième (Les lois de la nature) a fait
un flop.
C'était une période bizarre. J'avais eu un premier enfant
et j'ai voulu me mettre dans un costume d'adulte responsable qui ne
me conveint pas vraiment. Maintenant, j'essaie d'agir avec une autorité
suffisante pour que mon fils ne me prenne pas pour un adolescent éternel,
mais je ne peux pas être totalement sérieux.
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C'est Goldman qui vous a remis sur la bonne piste pour le troisième
album (Marcher dans le sable) ?
J'étais paumé, je n'arrivais pas à écrire,
et je rencontrais régulièrement jean-Jacques aux Enfoirés
ou dans d'autres occasions. Il avait plutôt de l'affection pour
moi, et il était d'un contact apaisant. Il me fallait effectivement
un texte (la chanson titre) mais surtout quelqu'un qui me rassure pour
mettre la machine en route.
¤ On vous compare souvent à lui.
On écrit tous les deux des textes assez faciles à décrypter,
qui fonctionnent à la première lecture. Je ne suis pas
vraiment un littéraire. J'ai assez de vocabulaire pour m'en sortir
avec des textes pas trop niais, mais je ne suis pas passionné
par le style. Je crois avoir trouvé un univers musical qui m'est
propre.
¤ Vous avez fait une longue pause avant d'écrire cet
album.
j'ai dû laisser revenir l'envie. Quand j'écris une chanson,
il faut que je sois entièrement disponible. Il n'y a pas de fenètre
dans la pièce où je compose. Pour me mettre en condition,
je pense à des souvenirs d'enfance ou d'adolescence. Aux premières
émotions fortes de ma vie. Ca me met dans un état d'hypersensibilité.
Tout le cheminement consiste à enlever le blindage, gratter au
fond. Ce n'est pas le truc le plus facile. J'essaie que ce soit le moins
cérébral possible, que ça vienne du ventre.
¤ Votre disque joue sur un registre plus intimiste.
J'essaie de simplifier mais il y a toujours des trucs qui trainent partout
parceque j'aime bien bidouiller. Je me met minable quand je fais un
album. J'essaie que ça ne devienne pas clinique, mais je suis
perfectionniste. Je suis partagé entre l'envie d'épurer
et les arrangements compliqués à la Robert Palmer.
¤ C'est votre grande référence.
Avec Stevie Wonder, Cat Stevens et d'autres. J'aime bien le coté
blanc qui chante dans un registre un peu soul et j'adore mélanger
les styles dans le même morceau.
¤ Vos
chansons expriment une légère mélancolie. Un peu
dépressif, mais pas trop. C'est votre marque.
Je suis né comme ça. Et puis, la Réunion a un coté
mélancolique. A 17h, le soleil tombe comme une pierre et il s'installe
une espèce de gros blues. Il n'y a pas le coté festif
des Antilles. Oui, en fait, je dois vraiment être de là
bas.
Sur la route toute la sainte journée
La clé du succés de De Palmas auprès de la fraction
féminine de son public réside surement dans ses textes.
Les hommes qu'il met en scène sont emplis de doute (Elle habite
ici,Faire semblant), ténébreux et timides (Elle danse
seule), pleins de compassions pour les filles mal accompagnées
(Faire semblant), amoureux transis (Plus d'importance, Dans la cours).
Mais surement pas arrogant et machos. Ses mélodies menées
par la guitare acoustique sont enrobée d'arrangements flatteurs
pour l'oreille mais point trop envahissants, et sa voix aux intonations
de soulman blanc sait toucher à l'intime comme au refrain épique.
Surement pas révolutionnaire en soi - il y a même un certain
conservatisme dans sa manière - mais sa griffe est reconnaissable.
De Palmas prend la route fin Janvier, en compagnie des musiciens qui
l'avaient déjà suivi.
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