DE
PALMAS : « JE VOUDRAIS RESTER ADO A VIE »Son album, «
Marcher dans le sable », est le succès surprise de l’année.
La victoire sur le doute d’un chanteur sans concessions de 33
ans, qui a habité à Aix-en Provence et se produit ce soir
à Juan-les-Pins.
Il a osé. Sans doute parce qu’il a bu quelques verres de courage. Aborder Etienne Daho, déjà en pleine gloire, dans une boîte d’Aix-en-Provence, et lui proposer une chanson de débutant. La saga de Gérald de Palmas, dont l’album « Marcher dans le sable », est l’un des grands succés de l’année, à plus de 400 000 exemplaires, chez Polydor, passe par cet épisode-clé, à 19 ans : « Je lui ai parlé de notre groupe les Max Valentins. Il a produits « les maux dits » . Un succès d’estime. Les Valentins, Edith et Jean-Louis, ont continué sans moi » . L’autre rencontre phare a les traits de Jean-Jacques Goldman. Gérald doute. Après un premier album star, avec « Sur la route », assorti d’une Victoire de la Musique, le deuxième s’est vite essoufflé. Tentation de l’abandon : « J’étais bloqué au niveau de l’écriture. J’ai failli m’engager dans l’armée, mais dix ans, c’est quand même long ! » Il signe pour la psy : « Deux séances m’ont suffi. Ma solution n’était pas là. ». Jean-Jacques trouve les mots thérapie de « J’en rêve encore », sur une musique de Gérald : « Il m’a redonné confiance. Jamais en donneur de leçons ». Rencontre d’un autre maître de l‘écriture chansonnière, Maxime Le Forestier : « Il me restait une musique sans texte. Trois nuits durant, dans un studio, il a écrit « Tomber » devant moi et ma guitare, du premier au dernier mot. Impressionnant. J’essaie, comme lui, de parvenir, et c’est le plus dur, à la plus grande simplicité. J’admire Jean-Jacques, Cabrel, Gainsbourg pour les mêmes raisons ». Oublions Gérald, pour ne plus l’appeler que de Palmas, comme sur les affiches : « C’est plus graphique, plus direct ». Il est né Gardrinier : « De Palmas est le nom d’origine espagnole de ma mère, d’une vieille famille réunionnaise ». Retour à l’île, chère à Raymond Barre. Celle de la naissance, de l’enfance. Celle d’un grand-père maternel, Raoul Nativel, bâtonnier au tribunal, ami des muses : « Il est mort jeune. Je ne l’ai pas connu. Un jour,ma sœur Catherine, qui est pharmacienne, m’a parlé d’un recueil de poètes de l’île, dont lui, retrouvé dans les affaires familiales ». Le poème de son grand-père.« Le gouffre », trésor d’album, magie de scène, vient de là : « La petite-fille d’amis de mon grand-père s’est noyée dans l’océan. Plutôt que d’envoyer de simples condoléances, il leur a offert ce poème ». Qui évoque « la mort sournoise, implacable et stupide » de cette « colombe blessée », dans « le gouffre écumeux hurlant à ses pieds nus ». Une femme passe, marche vers le jardin de l’hôtel de Juan-les-Pins, où l’on écoute de Palmas, chanteur fragile, homme rare. Un petit garçon lui fait un signe. On découvre leurs prénoms dans le livret de l’album : « Victor et Gwen, sans qui je ne serais rien ». Son fils, son épouse : « Il a 5 ans. Il commence à comprendre ce que je fais. Nous lui avons acheté un youkoulélé, une petiteguitare à quatre cordes. A force de m’imiter, il a même eu des ampoules à la main ». La preuve qu’un chanteur célèbre peut tenter de réussir sa vie privée, avec une autre femme que sa guitare : « C’est mon ambition. J’ai, aussi, toujours voulu avoir des enfants ». Pour ne pas devenir seulement, comme dans le roman de Sepulveda qu’il aime, « Le vieil homme qui lisait des romans d’amour ». Gwen, agent de photographes, comprend les incertitudes de l’artiste. Elle est la première à écouter ses œuvres : « J’étais sur le canapé, devant la télé. J’ai trouvé l’intro à la guitare de « J’en rêve encore ». Elle m’a dit : « C’est bien ». Elle ne s’embarrasse pas des considérations du show-business. Elle trace. » Entre sa quête d’harmonie dans le couple, et les thèmes de ses chansons, c’est docteur Gérald et monsieur de Palmas : « J’évoque la jalousie, la séparation, la trahison parce que je m’interroge. Ca m’ennuie de parler de bonheur. J’ai besoin de le dépasser ». Fils d’une prof et d’un géomètre.De La Réunion, lui restent les odeurs, des sensations, difficiles à définir, de chaleur, de nourritures, d’épices, des airs de séga et de maloya : « Mon père est Brestois. J’ai toujours été plus Réunionnais que Breton ». Des souvenirs de mer : « Gamin, je vivais dans l’eau ». Il la préfère en gouttes : « On imagine notre île avec un climat tropical. Cela ressemble plutôt à la Normandie ». La suite, vécue à Aix, à partir de ses 10 ans, ne lui a pas plus donné le goût du soleil : « La pluie correspond à mon caractère ». Fils d’un géomètre et d’une professeur de Français, de Palmas a la rigueur du métier de l’un, le sens des mots de l’autre : « Autant j’étais bon en rédaction, autant j’étais nul en orthographe ». Ils l’ont laissé aller vers sa vocation extrême : « Je n’ai jamais songé à un autre métier ». La musique ne lui est pas hasard. Elle est nécessité. Comment expliquer autrement qu’il se soit installé à Paris, dans une chambre du 15ème, et n’en soit plus sorti, ou seulement pour acheter des pâtes, pendant six ans ? On salue l’abnégation. Il réfute le compliment : « Ce sont les plus belles années de ma vie. Je dormais, je mangeais, je bossais la musique, quatre chansons par semaine, direct poubelle ». Sa première vraie fausse guitare.Parcours initiatique volontaire budgété à 3000 francs par mois : « Il me restait de l’argent du disque des Valentins. Après, mon père m’a aidé. Puis le premier contrat est venu ». Il n’oublie pas, pourtant, cette image, ses 14 ans, déterminante : « Je me suis fabriqué une guitare, avec la caisse du hamster, et des cordes en nylon. Je la posais par terre dans les toilettes, pour jouer avec une meilleure acoustique. Malgré un bac réussi, les études sont vite parties en sucette ». Depuis, il évite de trop grandir : « A la naissance de mon fils, je me suis obligé à mûrir. Une catastrophe. J’avais perdu l’insouciance, l’innocence. Trop responsable, on devient terre à terre. J’aime me détacher de la réalité. Je voudrais rester ado à vie ». D’une cigarette l’autre, il se justifie : « Je ne bois pas d’alcool, je ne me drogue pas, je fume. Sinon, ce serait trop triste ». Bon pour le chanteur ? « Pour le timbre, mais cela fait perdre les aigus ». Sa voix ne serait-elle pas moins nasillarde ? « J’ai profité de ma période noire pour prendre des cours». Son prochain rêve est celui de l’oiseau : « L’aviation me fascine depuis l’enfance. Je vais passer mon brevet de pilote d’hélico ». Dans son sac de chanteur voyageur de l’été, un livre qu’il potasse à cet effet. Quand il raconte sa passion, lui qui pratique peu cette gymnastique, finit par sourire. C’est alors le plus beau. Celui de l’âme. |