La libre
Propos recueillis par Geneviève Simon



Gérald de Palmas s'est coupé de la musique pour mieux y revenir. «Un homme sans racines» se révèle intimiste dans ses airs, personnel dans ses textes.



Après le succès de «Marcher dans le sable» et une tournée de quelque cent quatre-vingts dates, Gérald de Palmas s'est isolé de la musique pour mieux renaître à elle. En résulte «Un homme sans racines», album posé, relativement intimiste, servi par des tempos plus médiums que ceux auxquels il nous a habitués. Déjà installée sur les ondes radios, «Elle danse seule» en apporte un avant-goût. Côté textes, la femme - fantasmée, aimée, inoubliable - apparaît plus qu'à son tour, une ombre plane sur l'amour, l'hypocrisie enserre la société et les Etats-Unis ne sont plus ce qu'ils étaient. A défaut d'avoir un «chez soi» historique où se ressourcer, ce natif de l'Ile de la Réunion que la vie a ballotté déplore être «Un homme sans racines». Géographiques, mais pas musicales.



¤ Votre carrière a connu des hauts et des bas. Dans quelle mesure ces changements vous stimulent ou vous paralysent ?

Tout dépend de ce qu'il y a eu avant. Si je devais connaître une période moins faste - cela me dérangerait car je fais ce métier pour plaire aux gens -, je le vivrais moins difficilement que la dernière fois parce qu'il n'y a plus la peur de l'inconnu. Je sors d'une période faste. Jamais je n'aurais osé imaginer en arriver là. En cela, j'ai déjà eu énormément de chance.



¤ Même si le haut était particulièrement haut...

Je ne ressens aucune pression parce que je ne cherche pas à rester au top. C'est malsain, sauf quand on fait du sport... Ce qui me ferait mal, c'est le désamour des gens. Mais si je vends la moitié par rapport à la dernière fois, ce n'est pas grave.



¤ Quelle explication donnez-vous au succès de «Marcher sur le sable» ?

Tant de paramètres entrent en jeu: être au bon endroit au bon moment, offrir la bonne chanson, répondre à l'attente des gens. Mais il ne faut pas trop analyser les choses.



¤ Avant de vous lancer dans l'écriture de cet album, vous avez abandonné l'univers musical quelque temps. Comment s'est imposée cette nécessité ?

Depuis l'âge de treize ans, je m'abreuve abondamment de musique. Emotionnellement et artistiquement, je pense être chargé pour toute la vie. J'avais donc besoin de faire un break pour que l'envie que j'avais adolescent revienne. Pendant presque deux ans, je n'ai plus fait de musique, n'ai plus rien écouté.



¤ Jusqu'au jour où...

Je m'étais fixé une sorte de limite dans le temps, mais m'y suis remis avant. J'ai senti que j'avais des choses à dire. Cette coupure était risquée mais elle a fonctionné. J'ai vraiment eu envie de jouer, et j'ai fait l'album de manière fluide et assez condensée: entre la composition et l'enregistrement, il ne s'est passé que trois mois et demi.



¤ Travailler dans l'urgence permet-il un résultat différent ?

Composer et enregistrer dans la foulée, en une espèce de flux tendu, permet à la chanson de gagner en cohérence et en harmonie. On ne choisit pas toujours, mais le fait d'être en état de manque donne énergie et envie. Si vous avez l'envie et que vous êtes un poil doué pour cela, 80 pc du boulot est fait.



¤ Ces nouvelles chansons sont globalement plus dépouillées...

C'est pour moi un parcours naturel: essayer d'arriver aux sons les plus rugueux, les plus «roots» possibles, trouver un univers qui me soit personnel et en même temps évoluer vers une forme de simplification.



¤ Simplicité du résultat mais pas de la démarche...

En fait, c'est un travail de sens critique, qui s'effectue de façon empirique, inconsciemment. Au fil des chansons mon sens critique s'affine, je vais plus à l'essentiel, c'est plus aiguisé, ce qui ne veut pas dire que mes chansons sont forcément meilleures. Il n'empêche, sur l'harmonie globale du morceau, je pense m'améliorer chaque fois. En tout cas, je l'espère.



¤ Dans les textes, vous vous mettez à nu en parlant de vos enfants, de vos amours, de vos racines. Jusqu'où va votre pudeur ?

C'est assez facile parce que je me sers de ma vie mais aussi de celle d'autres gens. Face à une question dérangeante, je peux toujours mentir et dire que j'ai puisé ailleurs que dans mon vécu. Mais cela ne me dérange pas de parler de ma vie, de dévoiler mes faiblesses: tout le monde en a. Ce n'est pas comme si j'étais fragile et qu'on allait me juger: on est tous logés à la même enseigne. Donc cela fait plutôt du bien d'en parler.



Gérald de Palmas, «Un homme sans racines» chez Universal. En concert à Forest-National le 19 mars 2005. Réservations: 0900.84.900 et 0900.00.600.