Guitar part
Propos recueillis par Jérôme Aellion



DE PALMAS de trèfle

Après un "Marcher dans le sable" auréolé de toutes les victoires, commerciales et artistiques, et une tournée logiquement triomphales, saluée par la sortie d'un album live, GERALD DE PALMAS se pose, histoire de confier à GP les clés d'un come-back aussi réussi qu'imprévisible.



¤ Pourquoi faire ce double album live maintenant ?

Je suis actuellement à une période clé dans ma carrière. Cette tournée a été longue, elle a duré un an et demi soit 180 concerts. Je voulais aboutir sur quelque chose de concret. De plus, j'ai enregistré jusqu'à présent trois albums, mais jamais de Live. Et il était temps pour moi de montrer une autre facette de ma musique. Il était important aussi que les gens puissent entendre et voir ce que nous faisions sur scène. C'était tout simplement le bon moment, tous les ingrédients étaient présents pour qu'on se lance.



¤ Sur ce double album, il y a beaucoup de chansons qui dépassent le formatage radio avec 6 minutes pour Les lois De La Nature ou Sur La Route avec 10 minutes. Est-ce en réaction, pour prouver que tu peux vivre aussi par la scène ?

Personnellement je ne me faisais pas trop de mauvais sang à ce sujet, je n'ai rien à prouver aux autres ou à moi-même. J'ai une certaine expérience de la scène, j'avais fait une tournée de 250 dates entre le premier album et le deuxième. De toute façon, sur scène, je ne fais pas attention au fait que le titre que je joue puisse ou non passer sur les ondes. Cette version de 10 minutes s'est faite parce que ce jour-là, on avait envie d'improviser et de jouer avec le public. Sur scène, on vit des choses bien différentes de ce que tu entends sur les ondes et sur l'album.
J'avais envie que les gens retrouvent cette ambiance.
 



¤ Sur ce Live figure une inédite, Elle S'ennuie. Cette compo a été mise en place, je suppose, après la réussite de "Marcher Dans Le Sable". Peux-tu nous en dire plus ?

C'est un morceau qui a été enregistré après la tournée. J'aurais pu sortir pour la promo un morceau du Live en single. Mais je ne voyais pas vraiment l'intérêt de sortir une chansons que j'avais joué plus d'une centaine de fois. Cela fait deux ans que je tourne sur les mêmes morceaux, j'avais besoin personnellement de quelque chose de neuf. Je pense que c'est aussi intéressant pour les fans de retrouver d'une part l'intégralité d'un concert avec en plus un nouveau morceau.



¤ Est-ce difficile d'écrire après le succès qu'a connu l'album ? De répondre aux attentes du public ? Est-ce ta volonté ?

Je ne me suis pas posé la question quand j'ai composé cette chanson. Je n'ai pas réfléchi, j'ai juste écrit un morceau fun et un peu plus rock que les autres. Plus franchement, inconsciemment, je me suis peut-être forcé à ne pas envisager cette vision des choses, pour ne pas me donner de pressions inutiles. C'est d'ailleurs bien là, l'avantage de ce morceau, c'est un petit bonus en plus du Live. Ce n'est pas un single qui annonce un futur album, donc pas de pression. C'est peut-être d'ailleurs pour cela que ce morceau m'est venu facilement.



¤ Comment te sens-tu le plus à l'aise, en tant que musicien de studio ou sur la scène avec le public en face ?


J'aborde la scène et le studio de façon très différente et je ne suis pour ainsi dire pas plus l'un que l'autre. Je ressens d'ailleurs des plaisirs complètement différents. Dans le studio, il y a un côté artisanal pour peaufiner les moindres détails, alors qu'en Live, la relation avec le public est très organique et physique. Et en tant qu'auteur, compositeur et interprète, je fais tellement de choses différentes que je n'ai pas l'impression de faire toujours le même métier.



¤ Quand Céline Dion reprend une de tes chansons et que Johnny te demande d'écrire pour lui. Est-ce pour toi une consécration, un aboutissement ?

Au début, pour Céline Dion, je n'y croyais pas vraiment. Quand ils m'ont appelé, mon album marchait déjà très bien, et j'étais assez serein et rassuré sur ce que je savais faire en tant que compositeur. J'ai pris cette nouvelle comme un plus, pas de pression. Je suis allé en première classe à Miami, elle a écouté le morceau deux fois, et me l'a chanté quinze fois mieux que moi. Pour Johnny, c'est le PDG d'Universal qui m'a demandé d'écrire. Ainsi j'ai écrit Marie et quatre autres titres ont suivi. Et le fait de se retrouver en studio et l'entendre chanter une de tes mélodies, c'est une sensation étrange. Tu connais cette voix, mais ce n'est pas quelqu'un de ta famille... C'est quelque chose de très agréable.



¤ Pourquoi font-ils appel à toi maintenant et pas avant ?

Il ne faut pas se voiler la face, c'est parce que j'ai eu du succès avec mon album. C'est le système, et en même temps je ne le dénigre pas. Si tu fais des chansons qui plaisent au public, d'autres te demanderont d'écrire en espérant que ce que tu leur écriras plaira aussi. C'est une logique implacable, il n'y a rien de vicieux là-dedans. Ce sont les règles du jeu.



¤ Tu as passé une période plutôt difficile entre la sortie de "Sur la route" et "Marcher dans le sable". Comment as-tu vécu cette période ? Comment en es-tu revenu ?

Après la sortie de mon second album "Les Lois de la nature", qui a foiré, j'étais mal. J'ai très mal vécu cette période. J'ai très vite perdu confiance en moi, je n'aimais pas ce que je faisais. Au final tu perds l'envie, et pour moi c'est perdre mon moteur principal. J'ai eu l'impression que la musique, c'était fini pour moi. J'ai tenu uniquement parce que je me suis projeté dans l'avenir. J'ai pris conscience que je risquais de regretter le fait de ne pas avoir poursuivi. C'est la rencontre avec Goldman qui m'a redonné confiance en moi et m'a enlevé ce blocage psychologique. Il
suffit que tu tombes sur quelqu'un de rassurant et qui a confiance en toi, qui est prêt à travailler avec toi.



¤ Tu joues assez souvent dans tes chansons, sauf dans Mary Jane, le rôle du serial-loser en amour. Pourquoi ce fatalisme ?


GDP: Ce qui me passionne c'est de parler des relations de couples, parce que ce sont des choses que je vis au jour le jour. Mais je te rassure, je n'ai pas vécu tout ce que je raconte. Car il y aurait de quoi se tirer une balle dans la tête (rires). Je me sers en fait des tensions que je ressens, et je les développe, j'extrapole. A contrario, les histoires de bonheur intense ne m'intéressent pas du tout. Je n'écris pas non plus sur les faits de société, les crises dans le monde, parce que tout simplement je ne maîtrise pas assez le sujet. Mais cela ne veut pas dire que je ne le ferai pas un jour, car dans ma façon d'écrire, j'évolue. C'est une question de temps et de
maturité.



¤ Comment as-tu appris la guitare et quels sont les grands moments qui t'ont formé en tant que guitariste ?

Je ne suis pas un guitariste dans le sens instrumentiste. Je n'ai jamais été intéressé par la guitare en tant qu'instrument pur. La guitare est pour moi un outil pour composer, pour arranger mes morceaux. Je suis bassiste à la base. Quand j'avais treize ans, j'ai commencé à apprécier la musique. Puis j'ai essayé de me mettre à la guitare sans réel succès. C'était trop dur techniquement. Un ami m'a fait essayer sa basse, j'ai eu un déclic. J'avais tellement été rebuté avec la gratte, que la basse m'a semblé super simple au premier abord. Je suis venu à Paris, et suis devenu bassiste de studio. Ainsi j'ai enregistré pour les albums ds autres (Kent, 'J'aime un pays"), puis je me suis rendu compte que ce qui me plaisait, c'était de jouer mes chansons. Parallèlement, je me suis remis à la gratte à l'âge de dix-sept ans.